Créer un nouveau vin, inventer un bordeaux blanc :
un projet certes excitant, mais si inhabituel dans le monde des grands vins ! Indubitablement, il fallait de l’audace, voire un brin d’impertinence, pour se lancer dans une telle aventure.
Il est vrai que de l’audace, Cheval Blanc n’en a jamais manqué. J’aime à rappeler qu’il y a 150 ans, en plantant seulement un tiers de merlots pour deux tiers de cabernets francs, Jean Fourcaud-Laussac optait pour un encépagement totalement atypique, plus proche des grands vins du Médoc que de ceux de Saint-Émilion…

L’idée de créer ici un bordeaux blanc a germé en 2008. Après tout, le nom même de notre Château ne nous prédestinait-il pas à suivre cette voie ? Il nous a semblé qu’une telle aventure s’inscrivait pleinement dans notre démarche vigneronne. Bientôt, cette idée s’est transformée en un projet fédérateur pour l’ensemble du domaine.
Car c’est toute l’équipe du Château qui s’est réunie autour du berceau de Petit Cheval Blanc, offrant ses idées, redoublant de talent, conjuguant ses savoir-faire, témoignant de son expertise. Nous avons ainsi souhaité que chaque maillon de Cheval Blanc s’implique au sein de ce projet. Ensemble, nous avons participé à la naissance de Petit Cheval Blanc : nous avons créé son identité, dessiné son profil, choisi sa personnalité, forgé son caractère ; nous lui avons offert la meilleure éducation, que nous avons voulu aussi exigeante que celle de son illustre aîné… Quant au nom de baptême que nous lui avons choisi, il témoigne de sa prestigieuse filiation et prouve notre attachement à son origine comme à son destin.

C’est donc porté par la fierté de toute l’équipe que je présente le dernier-né de notre famille. Ce Petit Cheval Blanc élargit l’horizon de Château Cheval Blanc et rend l’avenir encore plus excitant, plus exaltant, plus passionnant.

LA NAISSANCE
DU PROJET

2006 ACQUISITION DU DOMAINE LA TOUR DU PIN

L’histoire de Petit Cheval Blanc débute en 2006, tandis que Château Cheval Blanc acquiert le Château La Tour du Pin. Ce grand cru d’un peu plus de huit hectares, planté en merlot et en cabernet franc, produit alors du vin rouge, en appellation Saint-Émilion Grand Cru. Au sein de ce vignoble, la plus ancienne parcelle date de 1950. Les deux propriétés ne sont séparées que par la petite route qui mène de Saint-Émilion à Pomerol. L’ancien vignoble de La Tour du Pin va rapidement faire l’objet d’une profonde restructuration. En effet, sur les huit hectares acquis, un hectare trente huit soixante douze révèle un splendide potentiel pour les rouges d’un terroir exactement similaire à celui de Cheval Blanc : il rejoindra l’assiette foncière de Château Cheval Blanc dès 2012. Le reste du vignoble, qui s’étend sur six hectares et demi, offre quant à lui d’autres arguments, certes différents, mais tout aussi intéressants. Ces terres s’avèrent en effet moins limitées en eau : cette spécificité, qui peut vite se révéler être un handicap pour le rouge, est une qualité pour le blanc. La richesse de ce potentiel signe le début de l’histoire, la conversion est décidée : ici va naître un Bordeaux blanc dans le giron de Château Cheval Blanc.

Ainsi, dès 2008, sur deux parcelles couvrant un demi-hectare, interviennent les premiers essais de surgreffages en sauvignon blanc visant à déterminer les potentialités viticoles des sols. Une culture parcellaire tenant compte de l’âge des vignes, de leur exposition, des cépages, ainsi que des vinifications spécifiques permet de voir plus finement comment se dessine ce domaine. Parallèlement débute la rénovation de la propriété. Dans cet environnement privilégié un sanctuaire entièrement dédié à la nature va voir le jour : un jardin potager, des arbres fruitiers, un rucher, un poulailler…

Pour créer ce Bordeaux blanc, l’équipe du Château est partie d’une feuille blanche. En se posant une seule question : et si Cheval Blanc était un blanc, que serait-il ? Ou, plus exactement, qui serait-il ? La réponse s’est vite imposée : lui aussi devrait posséder les caractéristiques de Cheval Blanc. Comme lui, il ne serait pas destiné à flatter le palais, il n’accepterait aucun compromis : ni sur sa pureté, ni sur sa longueur, ni sur sa profondeur, ni même sur son potentiel de garde, une qualité rare pour les blancs… En un mot, l’exigence et la rigueur, en blanc comme en rouge, seraient identiques. Pour parvenir à ces objectifs, il fallait donc mobiliser la même équipe technique que celle de Cheval Blanc.

2009 PREMIERS ESSAIS, PREMIÈRES BOUTEILLES

2016 SEPT PARCELLES EN PRODUCTION
septembre : mise sur le marché du millésime 2014

le terroir

Petit Cheval Blanc est le fruit de nos désirs exigeants, d’un climat spécifique, mais aussi d’un terroir propice. Car les terres qui donnent naissance à ce bordeaux blanc sont composées de sols à la fois riches, variés et complexes. Une partie du domaine (environ deux hectares) se caractérise par des sols argileux. Pour le reste, les sols sont plus sableux, davantage chargés en eau, moins soumis aux contraintes hydriques qu’à Cheval Blanc. Du fait de cette alimentation spécifique en eau, ce terroir s’avère particulièrement adapté aux grands vins blancs. Afin de connaître précisément les différentes facettes de ces sols et de bien cerner leur potentiel respectif, nous avons mené durant plusieurs années des analyses de terrain qui nous ont permis d’établir une cartographie précise. Suite à ce travail minutieux, les parcelles ont été redessinées et fragmentées en fonction de chaque terroir. L’objectif était simple : pour que ce domaine s’exprime au mieux, les vignerons que nous sommes devaient connaître puis exploiter chacune de ses potentialités viticoles. L’étape suivante consistait à trouver la parfaite symbiose entre ce terroir et son matériel végétal, entre cette terre et les vignes qui allaient s’y épanouir. Pour les jeunes vignes déjà entrées en production comme pour celles qui doivent encore patienter avant de donner leurs premiers raisins, nous avons varié les identités et les porte-greffes afin d’amener de la diversité et de la complémentarité au sein de ce vignoble. Nous avons ainsi sélectionné le meilleur matériel végétal dans un constant souci d’harmonie avec les sols – un ouvrage délicat qui relèverait presque du cousu main…

2018 DIX PARCELLES EN PRODUCTION, ENTRÉE EN SCÈNE DU SÉMILLON

Le sauvignon blanc

Raisin blanc classique du bordelais, mais aussi cépage caractéristique de la Loire, le sauvignon blanc peut se plaire sur des terres sableuses. A Cheval Blanc, nous lui avons offert plusieurs terroirs : des sols argileux, ainsi que des sols sableux plus ou moins alimentés en eau. Ces combinaisons nous permettent d’obtenir diverses facettes de ce cépage, lequel s’exprime différemment en fonction de la contrainte hydrique auquel il est soumis. Le sauvignon blanc présente des grappes composées de petites baies, très compactes, au sein desquelles se conserve une importante fraicheur. De même, ce cépage apporteau vin un caractère frais, de la minéralité, de la tension ainsi qu’une certaine acidité, mais sans excès.

les cépages

Sauvignon et sémillon :
les cépages que nous avons choisis pour Petit Cheval Blanc correspondent à l’assemblage classique des vins de Bordeaux. Notre vin blanc revendique en effet son identité et sa typicité bordelaise. Toutefois, nous entretenons notre propre vision de ces deux cépages. De même que nous procédons à une sélection massale pour Cheval Blanc, nous avons pris soin de choisir un matériel végétal aux origines multiples afin d’apporter de la diversité à notre patrimoine et d’offrir à notre vin des sélections riches en fruité et en complexité. Notre vignoble abrite ainsi pas moins de six clones différents de sauvignon, et trois de sémillon.

Le sémillon

Ce cépage a été implanté sur un hectare, sur la partie haute du domaine, la plus argileuse. Le sémillon a en effet besoin de terres modérément alimentées en eau pour jouer pleinement sa partition aromatique ; les argiles représentent donc son terrain de prédilection. Ses grappes sont plus lâches, plus volumineuses, plus espacées que celles du sauvignon, ses baies plus grosses. A l’instar de ses courbes généreuses, le sémillon apporte au vin de la rondeur, de la « sucrosité », de l’onctuosité, du soyeux, et du volume en bouche. Il équilibre ainsi le côté tendu, frais, minéral, presque acidulé du sauvignon. De plus, ce cépage augmente le potentiel de garde et se complexifie avec le temps. Planté en 2016, ce cépage entrera bientôt en production. Sa prochaine contribution continuera à faire progresser Petit Cheval Blanc et contribuera à l’amener vers davantage de complexité.

notre vigne

Les vignes de Petit Cheval Blanc bénéficient de la même attention et des mêmes soins que les vignes voisines de Cheval Blanc. Au sein du domaine, chaque parcelle possède son tailleur attitré. Ce professionnel « sculpte » chaque pied en fonction de ses observations et décide, en fonction du potentiel de chaque cep, du nombre de bourgeons qu’il laisse sur le pied. A trois reprises durant l’année, la vigne est guidée par la main de l’homme entre les fils tendus, et c’est généralement au mois de mai qu’intervient le premier « levage ». D’autres suivront en juin, puis en juillet. Au moment de la floraison, un premier « écimage » réduit l’extrémité des rameaux afin de limiter leur expansion, de favoriser l’aération de la vigne et la pénétration des rayons du soleil. Lorsque la vigne est parvenue à la « nouaison », arrive le temps de l’effeuillage, entre fin juin et début juillet. Le vignoble de Cheval Blanc étant orienté Nord-Sud, il s’agit d’effeuiller la plante du côté Est, à hauteur des grappes, afin de lui permettre de profiter des rayons du soleil levant. On confectionne à la grappe un univers dégagé et aéré, tout en prenant garde de conserver la dernière feuille au-dessus d’elle, la « casquette » qui la protège des rayons au zénith.

Le travail du sol, qui permet de désherber et de brasser la terre, contraint la vigne à développer ses racines, à les faire plonger plus profondément : la plante est ainsi moins exposée aux carences du sol comme aux excès d’eau ou à la sécheresse. Un millimètre de pluie ne pénètre en effet que d’un centimètre dans le sol. Ici, comme sur l’ensemble du domaine de Cheval Blanc, aucun herbicide n’est utilisé. Les raisins blancs sont vendangés une dizaine de jours avant les raisins rouges. Les vendanges s’organisent parcelle par parcelle, au gré des maturités, en fonction de chaque cépage. Autrement dit, nous organisons un ramassage « à la carte ». Car nous portons, à Cheval Blanc, un regard exigeant et singulier sur la maturité. Nous ne ramassons que des fruits frais, juteux, croquants, al dente ; ils doivent présenter une légère facette acide, sans s’inscrire dans la verdeur. Ils ne peuvent être ni flasques, ni sirupeux. Le raisin n’est cueilli que lorsqu’il a atteint l’exacte maturité ciblée. La densité et la puissance du vin à venir dépendent de cet élément-clé. L’ensemble du travail fourni tout au long de l’année se joue à cet instant : chaque parcelle ne sera vendangée que lorsqu’elle aura atteint l’optimum de sa maturité.

Vinification & élevage

C’est dans la ferme de Cheval Blanc que les vendanges sont réceptionnées, située au coeur des vignes de sauvignon et de sémillon, elle a conservé sa dénomination inititale La Tour du Pin.L’intégralité de la production, de l’élevage à la mise en bouteille, est en effet assurée dans cet environnement naturel, préservé et privilégié. Le raisin est pressé dès la réception de la vendange. Une grande attention est portée à la qualité du pressurage : grâce à un pressoir horizontal pneumatique, le jus est extrait tout en douceur. Durant cette étape, la pression doit être progressive afin d’obtenir des jus clairs sans extraire de végétal. Le jus se clarifie ensuite grâce au passage dans le « gâteau » ; autrement dit, la vendange est utilisée comme un filtre naturel. Ces opérations s’étirent dans le temps : la vendange de chaque parcelle nécessite une journée et demi de pressage, soit une dizaine de jours entièrement consacrés à cette technique qui vise à obtenir un jus clair et limpide. Afin de le séparer rapidement des bourbes, qui pourraient donner au vin un goût végétal, le jus obtenu après le pressurage est placé durant 24 h dans de petites cuves thermo-régulées.

Dès que la fermentation est lancée, le jus est descendu en barriques. Au creux de l’hiver, chacune des barriques est soumise, chaque semaine, à une dégustation de l’équipe technique. Celle-ci décide alors, au cas par cas, si le vin doit être ou non « bâtonné », opération qui consiste à remettre les lies en suspension, à l’aide d’une canne en inox, afin de nourrir le vin. De même, l’équipe technique décide de soutirer, ou pas, certaines barriques : là encore, c’est la dégustation qui dicte la décision. Les vins blancs sont réputés mal supporter de longs élevages ; de ce fait, ils doivent généralement se contenter d’un élevage compris entre six et neuf mois. Nous avons opté pour un parti différent, qui peut même sembler déroutant : Petit Cheval Blanc passe deux hivers en élevage, seize mois, voire dix-huit mois.

Ce long séjour en fûts permet au vin blanc de se nourrir de sa lie, mais aussi de se stabiliser, de se décanter, d’évoluer vers davantage de pureté. Un vin tendu, serré, pur et nerveux sera ainsi rendu plus sphérique, plus onctueux grâce à l’élevage. Ce processus amène au vin, quelle que soit la couleur de sa robe, cette « sucrosité », ces arômes, cette richesse unique qui habitent le palais. A cet élevage sur lie vient s’ajouter un élément-clé : l’impact du bois. Uniquement du bois neuf, seul capable d’apporter de la rondeur au vin, et dont nous avons choisi la qualité avec soin. Seuls quelques experts, seules de rares matières - tonneliers d’Autriche et de Sancerre, foudres de Bourgogne - peuvent s’adapter à notre projet. Nous avons également opté pour un effet d’élevage dans la masse afin d’éviter un goût trop dominé par le bois. Petit Cheval Blanc a ainsi recours à de gros contenants, des fûts de 1 500 à 3 000 litres, qui offrent une proportion de bois plus faible et permettent d’aromatiser le nez sans trop le boiser. Durant ce long élevage, le vin qui patiente en barrique subit un minimum de gestes oenologiques, et reçoit très peu d’intrants. L’équipe technique de Cheval Blanc se contente de l’accompagner vers la limpidité, vers la stabilité. Chaque parcelle, et donc chaque cépage a été vinifié séparément. Après l’élevage, les vins se marient en masse dans une cuve en inox. Ces « noces blanches » permettent de lisser, d’épurer, de clarifier le vin avant sa mise en bouteilles.

le style petit cheval blanc

Déguster un nouveau vin d’exception…
C’est, le coeur battant, pousser les volets d’une fenêtre et découvrir un vaste paysage vibrant sous le vent, peuplé d’odeurs, de sensations, d’émotions nouvelles. Petit Cheval Blanc nous transporte vers un de ces paysages uniques, singuliers. Sa mélodie repose sur une partition d’une grande complexité aromatique, jamais exubérante. Son nez fruité joue des notes de pommes, de poires et de bergamote, évoque le citron et le zeste frais du pamplemousse. De légères notes de litchi, de mangue, de fruit de la passion se font aussi entendre, et s’orchestrent dans un univers de fleurs blanches, de tilleul, de pétales frais. Dans ce subtil concert, aucune note ne domine ni n’écrase les autres.

Car c’est forcément dans un équilibre extrêmement précis que Petit Cheval Blanc, comme Cheval Blanc, affirme sa race et son élégance, sa complexité et sa noblesse.

En bouche, Petit Cheval Blanc nous ouvre les portes d’un monde plein de fraicheur, de vivacité, peuplé d’effets croquants et juteux. En grand vin blanc, il offre une réelle longueur, une vraie présence, mais aussi une certaine retenue, une tonalité presque sérieuse. Il évoque l’ampleur, la plénitude, le volume, l’onctuosité, puis la richesse en milieu de bouche. Aucune dureté, aucune note métallique ne vient briser l’harmonie. Dès son premier galop, Petit Cheval Blanc nous emmène visiter des contrées fraiches et fleuries, déjà étonnantes et ravissantes. Avec lui débute un autre rêve, une nouvelle histoire. Et cette passionnante aventure vigneronne ne fait que commencer.